Il était une fois

Il était une fois un rameur qui avait le rêve de devenir champion olympique. Mais il lui fallut traverser des montagnes et des déserts pour poursuivre sa quête qui lui semblait parfois bien loin...
J’aurais envie de commencer ce post comme un conte pour enfant qui pourrait se finir comme je le souhaiterais. Mais je vais vous épargner les dragons et autres personnages. Deux semaines plus tard, je dois me rendre à l’évidence, la réalité est toujours aussi morose. Rio 2016 me paraît bien loin effectivement ! J’ai essayé de retourner cela dans tous les sens mais rien n’a y faire. Certains me disent qu’il y a 5 mois, j’aurais été heureux d’être au départ à Aiguebelette. D’autres qu’il reste encore une chance de qualification dans 8 mois ou encore qu’on a gagné en expérience et que nous n’étions pas loin. Tout cela est vrai.

Mais en bas de la page, il n’y a pas le fameux sésame que nous étions venus chercher. Ce championnat du monde fut une somme de détails qui me reviennent en mémoire tels des mauvais souvenirs que j’aimerais pouvoir modifier. Tout commença en série. Nous avions les Allemands d’entrée de jeu, les futurs champions du monde. Seuls les 2 premiers accédaient directement en demi finale. Nous nous sommes fait surprendre dès les premiers coups. Là où nous pensions jouer à jeu égal avec le bateau germanique, c’est avec plus d’une longueur de retard que nous avons attaqué le 2ème 500m. Les jeunes lithuaniens en ont profité pour nous coller aux fesses. Un coup d’aviron mal négocié dans le dernier 250m, le bateau qui balance un peu, on se désunie et voilà les lithuaniens qui passent leur pointe devant. Verdict : 3ème et repêchage en prime. Seulement, la densité de la catégorie s’annonce quasi inédite et pas moins que les champions et vice champions du monde en titre ainsi que les champions d’Europe se sont fait recaler eux aussi. Et pour corser le tout, ces 3 embarcations se retrouvent dans notre repêchage. Seul les 3 premiers pourront jouer en demi et espérer encore se qualifier pour les Jeux. En clair, un « gros » allait devoir sortir. Il a fallu qu’on se sorte les tripes sur celle-là et ce fut probablement la course la plus stressante de ma carrière. Nous finissons 3ème dans une course où chacun a passé la pointe devant à un moment donné. Les Russes sortent par la petite porte. Les 3 premiers se tenaient en 34 centièmes de seconde. Nous venions « seulement » de gagner le droit de courir la demi finale. Un tirage aux allures de finale. Allemagne, Estonie, Nouvelle Zélande, Grande-Bretagne, Canada, Pologne. Nous avons attaqué cette course comme une finale olympique. Nous prenons la tête d’entrée de jeu devant des Allemands qui attaquent. Le 3ème 500 voit les Champions Olympiques allemands prendre une demi longueur. Solidement accrochés à notre 2ème place avec plus d’une longueur sur nos poursuivants, nous attaquons le dernier 500m en sachant que la seule chose à faire est de contenir la meute qui revient furieusement derrière. Je l’annonce à mes collègues « we have it » avec l’idée qu’il nous fallait juste franchir la ligne sans autre forme de procès. La Grande-Bretagne est encore ¾ de longueur derrière à 150m de la ligne. Mais c’est là qu’on se rend compte que tant que la ligne n’est pas franchie, rien n’est joué. L’intensité de la course et la fatigue accumulée nous rattrapent. L’un de nous fait une faute, une rame qui raccroche un peu l’eau. Le coup d’après, nous voilà sur la bordée opposée. L’acide lactique décuple l’effet de crispation et nous perdons toute notre lancée. Les autres, en mode « fusée » nous passent. Nous échouons à la 5ème place de cette demi finale avec les 5 bateaux en moins d’une seconde. Finale B ! La qualification olympique nous échappe pour un coup de rame raté. Mais la douleur vient d’ailleurs sur le moment. On a puisé au delà de nos limites. Le bateau devient le théâtre d’un champ de bataille après la mêlée. Il nous faudra près de 30min pour regagner la tente. Incapables de porter notre bateau, vomissant et tenant à peine sur nos jambes, la réalité nous rattrape. Il faudra ramer en finale B pour prendre l’une des deux premières places synonyme de billet pour Rio. Il nous faut récupérer à tout prix. Nous venons d’effectuer 2 courses d’une telle intensité que les organismes sont quelque peu dans le dur. Nous nous sommes remotivés et nous avons abordé cette finale B comme un dernier combat à livrer. Nous savons que personne ne va rien lâcher, que les places valent cher et qu’au bout des 2000m il y a l’exploit de sortir la tête haute d’un championnat du monde aux allures d’arène de l’enfer.
Mais le miracle n’aura pas lieu. Nous avons bien tenté, attaqué, essayé mais dès les premiers coups, on sentait que le jus, cette électricité, cette étincelle qui fait la différence n’était pas là. Les batteries étaient à plat. Impossible de pousser les moteurs. Nous avons subi cette finale B. Nous finissons 11ème, loin de la dernière place qualificative. Frustrant. Dur à avaler.
Alors il y a du positif. Nous avons bataillé et fait jeu égal contre les meilleurs. Nous avons mené les courses. Le potentiel est énorme. Mais nous échouons pour des détails. Des détails qui à ce niveau coûtent cher. Trop cher. Avons-nous le temps en l’espace de 8 mois de pallier à ces défauts ? Difficile à dire. Par où commencer ? Mon expérience dans cette embarcation me donne beaucoup de pistes de travail. Est-ce suffisant pour les mois qui arrivent ?
Je rentre au Canada cette fin de semaine. Reprise de l’entraînement lundi matin et nous y verrons certainement plus clair dans les prochaines semaines. Rien n’est figé. Je reste ouvert pour que mon rêve olympique se réalise.


« L’aventure continue... »