J-500 avant Rio – Dans la peau d’un athlète

Publié sur www.rowingcanada.org

 

Nous sommes aujourd’hui à 500 jours de l’échéance sportive planétaire la plus importante pour nous, rameurs. L’olympisme est l’essence même de notre sport. Les Jeux Olympiques rythment nos carrières et notre quotidien.

Lorsque j’ai personnellement décidé de reprendre les rames à haut niveau fin 2013 après une année loin, très loin des bassins internationaux, l’unique moteur de ma motivation était cette échéance olympique de 2016. Mais il s’en passe des choses en quatre années.

Il y a deux ans, je rentrais d’une traversée épique de l’Atlantique à la rame, amaigri de plus de 10kg, sans savoir si j’allais un jour me réaligner au départ d’une course. Il y a 1 an, j’étais encore en France à m’entraîner au sein de l’équipe olympique. Il y a encore 2 mois, j’étais à mon meilleur niveau jamais atteint physiquement et physiologiquement et aujourd’hui, me voilà blessé, à récupérer d’une chirurgie du dos.


Que représente alors pour moi ce décompte de 500 jours ?


Les JO de Rio seront mes troisièmes Jeux Olympiques et je sais ce que cela demande pour viser ce niveau et pourtant, je sais aussi qu’il n’y a rien de moins sûr que les Jeux. Qui sait ce qu’il va se passer dans les 500 prochains jours ? Il reste entre 1100 et 1200 séances d’entraînement. Il me faudra traverser virtuellement l’Atlantique encore 2 fois avant de pouvoir être au départ des Jeux soit plus de 10 000km à avaler. En tant qu’équipe, l’implication quotidienne est sans faille et le volume de travail abattu est tout simplement astronomique. Même si le but ultime reste les Jeux Olympiques, mon expérience me rappelle chaque instant que c’est jour après jour, coup après coup, petite victoire après petite victoire, pas après pas, coup dur après coup dur que l’on construit sa performance pour pouvoir espérer prendre le départ de la finale olympique et courir pour cette chance quasi unique dans une vie de pouvoir gagner. Viser l’or olympique est une chose, c’est le feu qui est en chacun des rameurs et des sportifs qui s’entraînent autour du monde à l’instant où vous lisez ces mots. Mais la différence se fera sur la capacité à changer chaque journée en expérience positive. Chaque jour, je pense à un détail sur lequel je souhaite travailler. Cela peut être technique, mental ou tout simplement de tirer le meilleur d’une journée compliquée. C’est la somme de détails travaillés dans le quotidien qui fera au final la différence entre gagner ou perdre. Tellement de paramètres feront le résultat final qu’il est tout simplement essentiel de vivre chaque jour comme il vient et de ne pas chercher à tout contrôler. J’ai retenu la leçon ! Ce n’est pas un long fleuve tranquille et chacun de nous peut essayer de faire tous les plans qu’il veut sur la comète, cela ne se passera jamais comme prévu. 500 jours c’est demain et encore très loin.


Il reste encore un point de passage essentiel : la qualification olympique. C’est en France et sur un bassin que je connais et que j’affectionne tout particulièrement, le Lac d’Aiguebelette, que se décideront les quotas début Septembre 2015 au Championnat du Monde. Une fois de plus, c’est étape après étape qu’il faut construire et vivre ces 500 jours. Qualifier le bateau est une étape essentielle. Mais ensuite, même la coque qualifiée, il me faudra encore tout faire pour prendre l’une des places au sein de l’équipe nationale dans les mois qui précèderont Rio et monter à bord de l’une des embarcations qualifiées.


Chaque sportif vit les choses différemment et il n’y a pas une recette miracle. A 22 ans, pour mes premiers Jeux, je me souviens de cette insouciance et de cette fraîcheur synonymes de fougue et de naturel. A 26 ans, riche d’une expérience olympique, de plusieurs médailles mondiales et de capacités physiques et techniques meilleures, c’est avec le poids du devoir et la pression de réussir que j’ai pris le départ de l’échéance londonienne. Quatre ans plus tard, je ne peux prédire comment se passeront les événements. Même si ce seront mes troisièmes Jeux et que j’ai pu apprendre beaucoup à travers toutes ces expériences, ce seront mes premiers Jeux pour le Canada.

 

Quand les gens me demandent pourquoi je fais telle chose ou telle chose, des années passées sur l’eau m’ont appris que bien plus que le résultat final, c’est l’aventure qui nous y mène qui importe. Je ne ferai pas de décompte des jours cette fois-ci mais je vais vivre chaque jour avec ce but en tête et aussi intensément que possible tout en donnant le meilleur de moi-même.

C’est ça les Jeux Olympiques. Rien de plus. Rien de moins.